Quel est votre nom de créateur / créatrice et pourquoi ce nom ?
Sous la Mansarde, qui est à l’origine le nom de mon blog, s’est rapidement imposé pour ma marque de bijoux. Mon atelier se situait dans une pièce mansardée, sous un grand velux, en pleine lumière. Une lumière précieuse pour le travail des couleurs et des harmonies, auxquelles je suis très attentive. La mansarde a maintenant disparu de mon nouvel atelier, mais la lumière est toujours présente.

Quel genre de bijoux créez-vous ?
Des bijoux fantaisie, multi-matières et multicolores, aux techniques variées et très travaillées, alliant le modelage direct (sans moulage) à la couture, au tissage et à la broderie. Le montage final leur associe des perles de verre, des perles de cristal et du métal.

Comment caractérisez-vous le style de vos créations ?
C’est un style finalement très personnel car j’ai choisi avant tout d’assembler des matériaux qui me touchent, en les travaillant au moyen de techniques que j’aime et que je maîtrise.
Le résultat est à la fois coloré, bohème ou gipsy, quelquefois romantique, parfois rétro, mais aussi fréquemment contemporain, et de temps à autre un peu rigolo ; en tout cas toujours recherché, féminin, élégant par la finesse de réalisation... Et fondamentalement très gai.


Quand, comment et pourquoi vous êtes-vous lancé(e) dans la création de bijoux ?
La création de bijoux est finalement l’aboutissement de longues années d'apprentissage autodidacte. J’ai commencé par faire de la broderie, si possible très compliquée car je suis curieuse de complexité. Puis le modelage, que j’ai définitivement adopté avec la pâte polymère comme matériau. Je me suis également intéressée au tissage, au tricot, et à la couture. A travers ces techniques que je testais et perfectionnais, mon fil rouge était la couleur. Une réalisation n’avait de sens, pour moi, que si ses couleurs rayonnaient, en quelque sorte, de façon harmonieuse. Plus tard, j’ai ajouté à ce travail des couleurs, un travail d’association des matières. Et les bijoux se sont alors naturellement imposés.

Mes premières expos (1998) étaient consacrées au modelage. Puis j’ai créé mon entreprise AL créations en 2005 ; et elle est devenue Sous la Mansarde en 2009, une marque déposée dans les domaines du bijou, du modelage d’Art, et de la broderie.

Avez-vous suivi une formation particulière pour cela ?
Je n’ai pas suivi de formation formelle ou diplômante dans les domaines artistique ou artisanale. La curiosité, alliée à un perfectionnisme très fort, ont été mes moteurs d’apprentissage. Ils m’ont permis de me former en étudiant de nombreux ouvrages, notamment sur les bijoux des grands créateurs des années 1900 à 1960, sur les bijoux des anciennes civilisations, et sur les perles à travers l’artisanat du monde. J’ai ensuite appris à maitriser des techniques de montage en m’inspirant de livres thématiques, de ce que j’avais dans ma propre boîte à bijoux et dans celles de toute ma famille.

Est-ce votre activité principale ?
J’ai pensé un temps ne faire que des bijoux, c’est même une idée qui me perturbait assez. Mais ma lucidité sur la difficulté à vivre bien et durablement de ce métier m’a incitée à m’interroger sur mes priorités de vie. Notamment la place première pour moi de la vie de famille et de sa qualité, avec mon mari et nos 3 enfants.

J’ai donc conservé mon premier métier, que j’exerce actuellement à mi-temps. Je ne le regrette pas. J’aime ce métier, il me maintient les pieds sur terre et m’apporte un socle financier solide. Le reste de mon temps est consacré au travail des bijoux, et tout ce qui en découle (fabrication, expos, vente en ligne…). Je consacre plus de 30h par semaine à ma marque. Mais c’est quelquefois moins, ou parfois bien plus ; les nuits sont souvent très courtes à certaines périodes de l’année comme Noël. A contrario, je profite des périodes de creux pour faire du stock et me pencher sur de nouveaux modèles. J’ai trouvé un certain équilibre en fonctionnant de cette manière, une forme de sérénité. Je me sens apaisée.

Quel matériaux / techniques utilisez-vous plus particulièrement ?
La pâte polymère forme les pièces singulières de mon travail. Je réalise des cabochons et médaillons, que j’incruste de cristaux Swarovski®, ou de petites pièces métalliques. Les couleurs sont opaques ou nacrées, parfois pailletées.

J’associe à ces éléments modelés des pièces en tissu, comme des perles-boules, des pompons, des boutons, des cabochons textiles ; ainsi que des rubans, et des fils discrètement tissés dans le métal. Enfin, le métal vieilli (finition argenté ou cuivrée), les perles de verre tchèques, et les perles en cristal Swarovski®, complètent l’ensemble.

Je réalise de petites séries de bijoux, chaque modèle est décliné dans 3 à 5 harmonies de couleurs différentes. Et je m’efforce toujours de refaire un bijou à l’identique de la pièce originale sinon l’harmonie ne fonctionne plus à mon goût. Même mes réalisations les plus multicolores sont pensées couleur par couleur, matière par matière. Le hasard n’a pas vraiment sa place dans mon travail créatif. Les associations de couleurs sont de plus en plus évidentes avec le temps et l’expérience, mais c’est malgré tout la partie qui me passionne le plus dans ce travail.


Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Je pars souvent d’un de mes modèles présents ou anciens. J‘ai un catalogue photo très utile de toutes mes réalisations de bijoux ou autres bricolages. Et mon atelier est peuplé de pièces non abouties ou en cours, sur lesquelles j’aime revenir. Il me faut parfois plusieurs mois pour que le déclic final se fasse. Parfois rien ne se passe du tout.

J’aime aussi partir d’un univers ou d’un thème précis, et je travaille dessus en partant dans trois directions de réalisation: polymère, tissu, métal. Quelquefois, je ne garde que deux matériaux sur les trois car ils se suffisent. Par exemple, pour la collection Olé !, je souhaitais valoriser l’Espagne, ses couleurs, son folklore. C’est la fleur dans les cheveux de la flamenca qui m’a inspirée, et j’y ai associé l’éventail.

Enfin, j’adore les livres en tous genres, sur les bijoux anciens, sur les fleurs, sur la peinture, sur la couture, sur des artistes. Une étagère de mon atelier est consacrée aux livres. Je lis aussi beaucoup de magazines ; et lorsque qu’une image ou un mot me touche, je le note ou l’épingle, et je conserve tout cela dans quelques tiroirs que j’ouvre de temps à autre. Je fais aussi quelques croquis, mais rarement, et plutôt quand je veux être sûre de ne pas oublier une idée que j’ai en tête.

Je flâne également sur internet, mais principalement pour dénicher de nouvelles perles et de beaux tissus.

Avez-vous un bijou fétiche que vous ne quittez jamais ?
Je ne porte pas de bijoux au quotidien. Mais je porte souvent les prototypes de mes modèles afin de tester leur tombé, leur confort, et leur solidité. Néanmoins, je garde non loin de moi des bijoux qui peuvent s’apparenter à des fétiches, comme les petits anneaux d’oreilles en or de ma grand-mère polonaise, une gourmette offerte par mes parents, ou des bijoux fabriqués par mes enfants.

Quels sont vos trois créateurs préférés sur DaWanda ?
Oifloria, que je considère un peu comme mon alter ego allemand pour le travail des couleurs . Nous nous apprécions beaucoup mutuellement.
Textilklunker, dont j’aime beaucoup les bijoux textiles à base de tissus vintage.
La Petite Lily, une des pionnières de la plateforme DaWanda en matière de bijoux gourmands raffinés. J’ai eu l’occasion de partager un stand avec elle sur un salon, c’est une jeune femme très attachante, au grand coeur, avec un vrai univers porteur d’émotion.
Oh Zézé! réalise de belles pièces pour enfants, originales et bien finies. Et puis en vrai, elle est très rigolote, ses créations lui ressemblent assez finalement.

Une actualité ?
La broderie va faire son apparition dans mes prochaines collections. J’y pense depuis longtemps, cela mûrit doucement dans un coin de l’atelier. Et puis, je pense sérieusement à explorer d’autres domaines que le bijou.

Un bon plan à partager ?
Côté création, je dirais qu’en plus de lire beaucoup et observer ce qui nous entoure, se rendre une fois de temps en temps sur les grands salons professionnels comme Eclat de Mode, Première Classe, ou Maison et Objet, et visiter des expositions en tous genres, sont une nécessité et un bonheur. Cela remplit la tête de sensations, de couleurs, d’univers, de formes, et d’émotions en tous genres. A la sortie, il ne reste guère plus qu’un grand flou foisonnant et féérique, mais cette immersion nourrit l’esprit et le processus créatif.

J’adhère totalement à l’idée qu’un créateur est avant tout curieux de ce qui l’entoure, s’imprègne du monde, s’en nourrit intellectuellement, et passe tout cela à travers son propre filtre ou prisme émotionnel et conceptuel.